Un singe sous camisole (suite)

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Un singe sous camisole (suite)

Message par Kiusk le Mar 21 Aoû - 10:37

Un singe sous camisole




Première partie

1

J’ai compté jusqu’à cinq, et puis je me suis dit, je m’endors et je ne me réveille plus. J’ai caressé les petites pilules bleues dans ma main…Switch…Switch…C’était comme un doux frisson ! Puis j’ai laissé tomber. Je n’avais pas envie de mourir. Finalement, j’ai fait la queue devant l’infirmerie pour prendre mes médicaments. L’idiot attendait derrière moi. Son visage se découpait sur le mur pâle. J’avais une étrange impression. Comme si, il allait fondre. L’infirmière m’a invité à avaler le Risperdal puis je suis parti au salon. Il y avait le gros qui avait voyagé en soucoupe volante. Il jouait aux échecs avec l’autiste. Un grand écran diffusait des clips musicaux. Ils respiraient le mauvais goût. Voilà plusieurs jours que j’étais à l’hôpital psychiatrique. Et je tournais en rond. J’aurais voulu pouvoir jouer aux courses ou boire un soda dans la fraicheur d’une terrasse. Le psychiatre m’avait dit la veille que j’étais schizophrène et cela me tourmentait. Je me sentais déprimé et seul. J’ai songé à une fille que j’avais connu. Elle, aussi, m’avait abandonné. Dehors, l’herbe était recouverte de neige. C’était l’hiver 2011. La roue avait tourné.


2

La vieille chinoise s’est mise à hurler. Elle était au bout de la table. Elle ne faisait pas semblant. Elle était vraiment agitée.

“ Corbeaux. Corbeaux. C’est tous des corbeaux!”

Les infirmières avaient l’habitude. Elles ne réagissaient pas. La vieille continuait pourtant à hurler. J’ai essayé quand même de manger malgré ses cris. On devait être un vingtaine dans la salle de réfectoire. Aux murs étaient exposés les tableaux des patients. Certains étaient beaux. Au bout de quelques minutes, la chinoise se calma. On put manger tranquillement. Cela faisait déjà une semaine que j’étais à l’hôpital. J’entendais toujours des voix. J’avais sympathisé avec un patient. Son truc à lui, c’était les extraterrestres. Ils s’adressaient à lui. D’autres se prenaient pour Dieu ou des personnages célèbres. Après le repas, on avait droit à une pause cigarette. Cela se passait dans la cour. On pouvait s’asseoir sur des bancs dehors malgré le froid.
Le gros qui avait voyagé en soucoupe volante répètait inlassablement :
- Rh heu…Rh heu…La sphère se rapproche…Nous devons partir.
Nous étions tous là, dehors, dans le froid de l’hiver. Dans le petit jardin, la neige tombait sur l’herbe encore verte. Et si c’était simplement la fin du monde ?
-Quelqu’un veut une autre cigarette, proposa l’infirmière.

3

R. faisait les cent pas dans le couloir du pavillon n°7. R. avait une démarche de robot. Son regard vide vous faisait peur à coup sûr. Lorsqu’il s’adressait à vous, il avait un ton enfantin qui rassurait. Mais R. avait tenté de poignardé quelqu’un. R. parlait de Dieu à table. Il vous fixait de son regard vide et il évoquait Allah dans des prières véhémentes. Vous songiez, alors, qu’il avait une case en moins. R. était un grand enfant un peu perdu. Souvent, la journée, il vous suivait ici et là, pour tromper l’ennui. Un jour, je me reposais sur mon lit, en feuilletant un magazine. Je vois la porte s’ouvrir et R. rentre dans ma chambre. Il entreprend d’exécuter des pompes sur le sol de la pièce. Je lui demande ce qu’il fait. Il ne répond pas et continue ses exercices. Je décide de sortir de la chambre et d’attendre qu’il se calme. Les parents de R. viennent lui rendre visite de temps en temps. R. peut boire un jus de fruit ou manger des chocolats. Il sourit comme un enfant. Sa famille se demande comment il va s’en sortir. R. n’est pas allé beaucoup à l’école. Le reste de la journée, il marche le long des couloirs en écoutant de la musique.







4

J'ai allumé une cigarette. La lune baignait dans la voûte céleste sombre et bleue. De par la fenêtre, j'observais le chat qui se promenait sur le toit. J'étais enfin sorti de l'hôpital psychiatrique et c'était le début d'une nouvelle vie. Quel horizon m'attendait au dehors ? J'ai pesté contre la terre entière...Le gros avait ricané d'un air mauvais.
-Imbécile, on est toujours en prison, il avait dit.
Les arbres étaient auréolés de fleurs blanches aux feuilles vertes pâles. Le chat, Gogol marchait maintenant dans l'herbe. Combien de malades, j'avais croisé sous le firmament étoilé ? Ils étaient tous là, attablés dans le petit parc de l'asile. Une drôle de prison où finissaient les âmes égarées !
-Bordel à queue, ce cheval ne vaut pas un clou, avait crié la vieille.
Je me suis installé en terrasse, et ai commencé à boire un café.
J'observais le ceriser en fleur au fond du jardin. Le chat Gogol vint me rejoindre à mes pieds. Et si la vie était malgré tout agréable. Je caressais le chaton avec calme.
Gogol miaula dans la nuit étoilée et somptueuse. Le cerisier était vêtu de fleurs roses où s'immisçait le vent. C'était l'heure de mes médicaments. Il fallait compter les pilules et se méfier des bouffées délirantes. Parfois, j'entendais des voix dans ma tête. Elles me disaient de drôles de choses. Je ne pouvais contrôler mes pensées. Pour l'heure, je devais réfléchir aux jours prochains. Il y avait du monde à voir. Partout, de nouvelles couleurs à décrire sur le papier.


5

On pouvait apercevoir sous la lune de petites maisons blanches nichées sur les collines dorées par les champs de blés. Le dimanche on jouait au ping-pong ou on se baignait dans la piscine. J’étais parti à la campagne, histoire de me refaire une santé. Je n’entendais plus de voix mais je restai assez déprimé. Je lisais le postier, le premier roman de Bukowski. Il y a dans son écriture une véritable énergie, celle d’un puncheur. J’étais bien incapable malgré mes tentatives d’arriver à son niveau. Je me forçais pourtant à écrire afin de ne pas sombrer. Ma mère nous faisait de bons petits plats. Cela redonnait le moral. Mon père paraissait inquiet de ma situation. Mais j’étais bien incapable de redresser la barre. Le psychiatre m’avait conseillé de suivre une psychothérapie. J’allais suivre son conseil à la rentrée. Dans la chambre, je me reposais en attendant que mon mal passe.

6



S. conduisait en se parlant à lui même. Je n’étais pas rassuré. Par instant il regardait le ciel. Des nuages se découpaient sur l’horizon. On s’était rencontré à l’hôpital. Ses réflexions me paraissaient confuses. Je craignais un accident. Nous nous garâmes devant un café à Sceaux. J’avais considérablement grossi depuis quelques mois. D’après les autres patients, c’étais le Risperdal. En plus d’être psychotique, on devenait obèse. On s’installa en terrasse. Le temps de l’hôpital était loin. Une église se dressait en face de nous. On pouvait entendre croasser les corbeaux. Nous étions tous les deux un peu désespérés. S. avait une théorie pour les voix. Les extraterrestes s’adressaient à nous. Je ne comprenais pas bien ce qu’il voulait dire. Depuis que je prenais mon traitement, je n’entendais plus de voix. Mais mon compagnon d’infortune, lui, malgré les médicaments, continuaient à être dérangé par ce curieux phénomène. L’automne pointait son nez. Les feuillages des arbres prenaient des teintes orangées. Je songeai à une irlandaise que j’avais aimée plus jeune. Aujourd’hui j’étais seul, moi, S. et les extra-terrestres. On buvait malgré tout notre café tranquillement. Mais on s’inquiétait pour notre avenir. S. cherchait un travail. J’avais gérer un kiosque à journaux, il y a des années de cela. Je ne savais plus trop quoi faire. L’après-midi, on se rendait dans un centre où l’on pouvait effectuer des activités. Il y avait la revue de presse et la peinture. Tout dépendait de l’hôpital. On croisait là bas d’autres psychotiques. Cela passait le temps et permettait de garder des contacts. Est ce que les extraterrestres allaient vraiment débarquer sur terre?





7

S. habitait une petit maison, au bout de la rue, à côté des chinois. C’était un quartier calme et tranquille où les chats se prélassaient. S. avait une théorie pour les voix.
Selon lui, les hallucinations n’étaient rien d’autre que les messages télépathiques des extraterrestres.Les martiens entraient en communication avec moi, à travers les voix.
- Un jour ou l’autre, ils vont débarquer sur terre, il disait.
Je l’écoutais, perplexe et venais à douter du diagnostic de mon psychiatre qui m’avait ranger dans la catégorie des schizophrènes. Et si, il avait raison...Si les voix dans ma tête, étaient des messages télépathiques. Cela expliquerait le dérèglement de mon cerveau. Mais dans quel but, ils me manipuleraient de la sorte ? Son raisonnement ne tenait pas.
Hormis, ses théories sur un complot extra-terrestre, S. était parfaitement rationnel. Il entreprit de réparer mon écran de télévision, tandis que je le regardai faire en dégustant un thé à la menthe. Sur le mur du salon, était accroché une carte de l’espace où je pouvais compter les étoiles.
Le chat venait se frotter à mes jambes tandis que je réfléchissais à ma maladie. J’avais été hospitalisé à l’âge de 37 ans, et cela avait été une surprise pour moi. Le psychiatre de l’hôpital était étonné de mon âge avancé. D’habitude, ce genre de maladie se déclenchait chez les jeunes adultes ou à la fin de l’adolescence.
A la fenêtre, un pic vert faisait un boucan du tonnerre, s’attaquant au poirier du jardin derrière la maison. Je contemplai le spectacle puis songeai qu’après tout, les voix n’avaient pas beaucoup d’importance…

8

Brrr...Brrr… S. avait bricolé une radio le mois passé. Il espérait capter les ondes venues de l’espace. Il ne lui suffisait pas de les entendre dans sa tête. Il voulait une preuve que les extraterrestres existaient. Il avait installé la machine dans sa chambre. Cela faisait un bruit du tonnerre. Quand il l’allumait, le chat quittait la pièce, dérangé par ces curieux bruits parasites. La plupart du temps, on entendait pas grand chose. Mais S. atendait un signe depuis l’espace. J’étais confortablement assis dans le canapé et je lisais un magazine. S. bidouillait les fréquences afin de capter quelque chose. Soudain, on entend une voix dans le transistor.

-Voici la preuve, me dit S.
- Je crois que c’est du russe, je fais.
- Tu parles le russe, il me réponds agacé.

On distingue parfaitement la voix. Finalement son appareil fonctionne correctement. S. augmente le volume de la radio.

- J’aimerais bien savoir ce qu’il raconte.
- Moi aussi, je lui dis.
- Ils doivent se trouver dans une station orbitale.
- Possible, je fais.

Cela ne semble plus intéresser S. Lui, il attend un message des extraterrestres. Il joue à nouveau avec les fréquences mais cette fois-ci ne capte rien. Ce bruit commence sérieusement à me fatiguer. S. commence à s’impatienter également.

- On réessaiera demain conclut-il.

Ce n’est pas aujourd’hui qu’on entendra les extraterrestres. Je décide de rentrer chez moi. Le chat semble content que tout cela se termine.

9
- S. était confortablement assis dans le fauteuil jaune de ma chambre, et il s’est lancé dans un long monologue tandis que ma cigarette dessinait des volutes dans l’atmosphère de la pièce. Il était question de l’invasion imminente de forces obscures. Notre civilisation n’en mènerait pas large. Finalement, il me rejoignait sur un point. La fin du monde était proche.
Pendant ce temps-là, le chat se prélassait sur la moquette et contrairement à moi, il n’était nullement impressionné par les élucubrations de mon ami. Je jouais donc avec lui, en attendant que le spectacle se termine. Par la fenêtre la lumière du soleil scintillait sur les feuilles des peupliers.
Mon esprit vagabondait à travers ces pensées confuses tandis que S. continuait son curieux discours. Il faisait chaud dans la chambre sous les toits du grenier. Ne pensez pas que je ne crois pas aux extraterrestres! De là, à les voir débarquer sous peu, je n’étais point convaincu.
S., lui, était passionné par ses théories fumeuses. Combien de minutes dura son long monologue? Je ne peux le dire. Mais, après son passage, je n’étais plus tout à fait le même. Je naviguais, désormais, dans un univers en dehors de la réalité où il était question de forces surnaturelles. Je fis comprendre à S. que j’étais fatigué et que je voulais me reposer, ce qui interrompit son discours. Mais, le lendemain, fut une journée pénible où je fus parfaitement épuisé!

10

Les murs de la pièce sont bleus. La plupart du temps je raconte mon enfance. Ma psychologue n’intervient que rarement. J’aurais préféré un divan mais je suis sur une chaise. Je raconte que mon grand-père jouait aux courses. Il m’emmenait en mobylette jouer le tiercé. On était à la campagne. La vie était douce. Sûrement que je pensais à lui, quand j’ai commencé à jouer. La psychologue a l’air intéressé. C’est toujours en mobylette que mon grand-père est mort. Je ne me souviens plus si j’ai pleuré. Mais ce fut une grande tristesse. La nuit, je rêve que je tombe dans le vide. Puis je me réveille. Un jour, on est parti avec mon grand-père ramasser des mûres pour faire de la confiture. Je lui ai dit que c’était facile de trouver les chevaux aux courses. Gros malin, il m’a répondu! Plus tard, à l’âge adulte, j’ai compris. L’enfance à la campagne avec Mémé oiseau et mon grand père reste un des meilleurs souvenirs. Avant de mourir, mon grand-père voulait m’acheter un cheval. Puis il est parti, sans me dire en revoir.

- Pauvre cloche, a dit le gros!

11


Le cheval était à 80/1. C’était un inédit, c’est à dire un cheval qui n’avait jamais courru contrairement à d’autres partants. J’avais consulté son profil sur la catalogue des ventes de Deauville. Je savais que le cheval était parfait. Cela me faisait drôle de revenir dans un café PMU. Je considérais ces endroits comme des sortes d’hôpitaux psychiatriques tant on croisait de cas pathologiques. Des joueurs s’étaient amassés devant l’écran de télévision. Certains hurlaient, encourageant leurs chevaux. D’autres consultaient les journaux sur un coin du bar. Tous étaient happés par les courses et bien peu n’étaient là que pour boire un verre. Je me suis dirigé au guichet et est joué vingt euros gagnant et placé sur le poulain.

- Tu vois quoi, il me demande comme ça!
- Le douze, je lui dis.
- Aucune chance, il me fait.

Je me dirige vers le bar pour me commander un café. Le cheval est dans un état magnifique comme je m’y attendais. Le seul souci est l’entraineur. Un tchèque avec des statistiques pas terribles. Mais je sais que le cheval a été acheté cher. Le poulain démarre en tête. Il a l’air en pleine forme. Sa robe alezane se découpe sur le vert du gazon. Les autres sont des mauvais chevaux. Je commence à croire à mon étoile. Il a pris trois, quatre longueurs d’avance. J’exulte. L’alezan passe le poteau en tête. Je me suis fait un salaire en deux minutes. Pas mal pour un psychotique! Je crie à tue tête dans le bar “Hourrah”. Les autres me regardent. Drôle de journée...

12

J’ai empoché l’argent et je me suis acheté un télescope. Je l’ai installé au grenier, dans ma chambre. Dans la nuit bleue, je regardais la lune et ses cratères. Si S. avait raison, les extraterrestres se trouvaient quelque part dans le ciel. Le chat venait se frotter à mes jambes. Les astres clairs brillaient dans le firmament. Je n’étais pas grand chose, moi, au milieu de l’immensité cosmique. Quelque part, peut être, un extraterrestre entendait, lui aussi des voix. Il habitait dans un hôpital, avec ses amis extraterrestres. Le soir, ils se lançaient dans de longs conciliabules pour envahir la terre. Et puis le chef des infirmiers venaient leur dire d’aller se coucher. Alors, ils râlaient puis finissaient par obéir. Je ne connaissais pas le nom des étoiles. Je devais lire des revues sur le ciel et l’espace. Quelle drôle d’idée d’acheter un télescope!






13


C’était le printemps. On était toute une bande. Il y avait le gros qui avait voyagé en soucoupe volante, moi, S. et d’autres psychotiques. La semaine, on se rendait au centre pour participer à des activités. Le mercredi, c’était peinture. Nous étions installés dans la salle d’arts plastiques. Une radio diffusait de la musique classique pour nous apaiser. I. avait peint une ville dans des teintes bleues. Il y avait plusieurs toiles. Chaque toiles représentait des façades, des maisons, un immeuble. Chaque toile était une pièce d’un puzzle qui formait un même ensemble. En vérité, on aurait dit qu’I. avait découpé en cinq une toile plus grande. C’était toute une petite ville qui était divisée là, accrochée au mur. On passait du temps à regarder ces tableaux en début de scéance. Cela nous motivait. On faisait aussi de longues pauses où nous discutions. Certains d’entre nous, attendaient la venue des extraterrestres. S. était le meneur du groupe.

- Ils me sont apparus un matin, ils vont bientôt arriver, il disait.

Les autres l’écoutaient. Eux aussi, avaient entendu les extraterrestres. On était tous là à attendre quelque chose, un peu désespèré. S. en rajoutait, sûr de son pouvoir. Les infirmières intervenaient pour qu’on regagne nos places. Certains râlaient un peu, puis obéissaient. La vie suivait son cours. Il y avait dans l’air, un peu de tristesse. Mais l’espoir nous maintenait en vie.

14

On est allé au zoo le week-end. C’est S. qui conduisait. Dans les arbres, les fleurs apparaissaient enfin. On s’est garé à proximité de la fac de Jussieu. Puis on a bu un thé à la menthe à la mosquée de Paris. On parlait de nos traitements et de ses effets secondaires.

- J’ai pris au moins trente kilos, dis-je.
- C’est le risperdal, cela fait grossir.
- Moi je ne bande plus, un autre faisait.
- On n’a plus de libido avec ses médicaments.
On était tous un peu amers . Les médicaments des psychiatres étaient loin d’être au point. Mais on ne pouvait pas s’en passer. Pour ma part j’aurais déliré. Malgré tout, on s’est rendu au jardin des plantes. Nous formions un curieux groupe avec nos silhouettes de Bouddha. Dans un coin du parc, le cerisier était en fleur. Parfois, j’entendais encore des voix mais je ne le racontais pas au psychiatre, il m’aurait augmenter les médicaments. Nous avons payé l’entrée du parc, puis sommes allés en direction des primates. S. voulait voir l’Orang-outan. Il était dans sa cage, tranquille. Mais cela faisait peine à voir, ces animaux sauvages enfermés. La plupart des animaux du parc étaient des espèces en voie de disparition. L’homme avait fait du beau travail. Finalement il était peut être temps que les extraterrestres arrivent.
L’Orang-outan nous regardait, intrigué. Nous lui faisions des signes.

- Tu ne trouves pas qu’il te ressemble, a fait S.
- Oui c’est pas faux, j’ai dit en rigolant.

L’animal faisait de curieuses grimaces. Je pouvais voir mon reflet dans la vitre de la cage. Nous étions des cousins éloignés. Et pourtant l’homme faisait disparaitre ces créatures. Nous marchâmes en direction des félins. Le monde était abîmé.


15

On devait prendre les médicaments. Il y avait le Risperdal pour ne pas entendre de voix, l’antidépresseur pour ne pas sombrer et un autre comprimé pour dormir. Au bout de quelques mois, je me suis aperçu que je bandais moins. Je demandais à mon psychiatre si c’était normal. Il n’eut pas l’air étonné. Il me conseilla de demander à mon médecin de me prescrire quelque chose. J’étais parfaitement déprimé. Au kiosque à journaux, j’ai acheté un magazine. Il y avait des blondes à fortes poitrines. Peut être, me dis-je, cela me fera revenir la libido. Chez moi, je consulte le catalogue spécialisé. Mais on ne peut pas dire que je suis beaucoup excité. Les mannequins sont pourtant sublimes. Mais bizarrement, cela me stimule en rien. Agacé, je décide de laissé tomber. Je me décide à sortir, pour me promener. Le long de l’allée, il y a des saules pleureurs. Mon coeur est triste. Je songe à une fille que j’ai aimée. Doucement il commence à pleuvoir. Je voudrais revenir en arrière. Avant la maladie. Je marche jusqu’à la rivière. Les souvenirs se précisent. Mais je reste seul, vaincu. Le ciel est parcouru de nuages.

16

Le gros avait disparu une semaine. Enfin, c’est ce qu’il racontait. Il avait voyagé en soucoupe volante. Un soir, qu’il regardait dehors. Une grande lumière lui apparut. Les extraterrestres vinrent le chercher et l’emmenèrent dans leur vaisseau. Depuis, il avait un comportement bizarre. Sans cesse le gros répétait:
- Rh heu…Rh heu…La sphère se rapproche…Nous devons partir.

Avec S., ils étaient tous deux obsédés par ces êtres venues d’ailleurs. Au centre, nous participions à une activité. La revue de presse. Chacun pouvait discourir sur l’actualité. Nous comptions dans nos rangs, deux ufologues à la pointe des dernières trouvailles. Les extraterrestres avaient été repérés du côté des lunes de Juppiter. L’armée américaine possédait des vaisseaux capables de les repérer. Enfin c’est ce qu’ils prétendaient. On trouvait sur le net des informations difficiles à vérifier. Mais cela retenait l’attention de l’auditoir. Il y avait en effet sur la toile des nouvelles que l’on ne trouvait pas dans les médias classiques. Théorie du complot, paranoia en tout genre, S était adepte de ces drôles de nouvelles. Il avait mis également au point une radio afin de capter les signaux des extraterrestres. Parfois, au centre, il nous faisait écouter des enregistrement. Il prétendait que ces bruits venaient de l’espace. J’avais moi- même été témoin des expériences de S., mais jamais je n’avais entendu grand chose. Mais S. n’en démordait pas. Tôt ou tard, il prouverait au monde l’existence de ces êtres de l’espace. Tôt ou tard, ils viendraient nous rendre visite. Et alors, cela serait le jour du jugement dernier. En attendant leur présence, j’écrivais des nouvelles. Il était question de S. et de toute la bande. Il n’était pas évident d’écrire sous médicaments mais je n’abandonnais pas. J’avais un peu de temps avant la venue des extraterrestres.




17

Je lisais les journaux. Mon père m’avait abonné au Monde. Je découpais des articles que je collais dans des cahiers. De temps en temps je faisais un résumé des articles à la revue de presse. Les nouvelles n’étaient pas franchement gaies. Mais cela m’aidait à me reconstruire. L’homme, petit à petit, détruisait la planète. Les espèces disparaissaient. Les températures augmentaient. Il y avait des périodes de canicule. On était obligé de rester enfermé chez soi, les volet fermés. La fin du monde était proche. S. continuait à écouter sa radio, dans l’attente des extraterrestres. Le Monde n’en parlait pas dans ses colonnes. Mais avec S. nous étions à la pointe de l’information. L’avenir était sûrement dans l’espace. Bientôt l’homme peuplerait Mars. Je continuais à écrire sur mon ordinateur. Je n’entendais plus de voix. Ma situation semblait stabilisée. Mais la planète allait mal.

18

Nous sommes allés à l’hippodrome avec S. A l’orée des villes, on trouvait ces coins de verdure. On faisait surtout une promenade. J’avais déniché un favori, et je comptais bien faire un léger bénéfice. On s’installa dans les tribunes. On regardait les courses. Cela passait le temps. Dans la cinquième, j’utilise mes jumelles afin de voir mon cheval. Un beau modèle. Mais sa cote est basse. Je ne vais pas gagner grand chose. Malgré tout c’est un bel après-midi. On oublie nos problèmes. Dans les platanes, se détachent des lumières magnifiques. Je songe à la fin du monde. Ce n’est pas pour tout de suite.

-Tu as joué combien, je demande à S.
- Vingt euros et toi.
- Pareil, on va gagner!

Notre cheval prend le commandement de la course. Il y a 1600m avant la victoire. A l’entrée de la ligne droite, le favori a quatre longueurs d’avance. On jubile. On ne peut connaitre la défaite. C’est notre journée. La journée des psychotiques. L’alezan passe le poteau en tête. On se lève et crie hourra. On n’a pas gagné grand chose. Mais Je souris. Encore une bonne histoire. L’hôpital n’est plus qu’un mauvais souvenir.

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