Fin du monde au café Pacman

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Message par Kiusk le Jeu 11 Avr - 8:09

Fin du monde au café Pacman Fin_du10


Je mangeai mon bol de corn flakes lorsqu’ils annoncèrent la fin du monde à la télévision. L’appartement était flambant neuf, et cela m’ennuyait de ne pas pouvoir profiter de tout cela. Je regardai au dehors. Le jardin ne semblait pas annoncer une apocalypse imminente. Mais la température battait des records. C’était le troisième jour de canicule et la chaleur était épuisante. Je me décidai à téléphoner à Petit pied de poule. Il avait été philosophe. Il devait avoir une idée sur la marche à suivre. Le problème était que Petit pied de poule devenait fou. Il racontait dorénavant des histoires à dormir debout.

- Il annonce la comète pour dans quinze jours. Tout cela semble irréel!
- Notre fin est irrémédiable. Tu peux compter les heures.

- Je crains que la mort soit proche. Tu dois avoir raison.

- Le mieux à faire est de profiter des derniers jours.

- Avec cette chaleur, je crains le pire!

Je me décidai à boire un verre de jus d’orange. Le chat se prélassait sur le canapé comme si de rien n’était. Sur la table basse, j’avais posé une pile de magazines. Mais mon confort bourgeois me semblait dorénavant vain. Nous allions finir comme les dinosaures. L’humanité ne méritait peut être pas mieux. Je réfléchissais aux choses que je pourrais entreprendre avant de mourir comme le reste de mes contemporains. Enfant, nous aimions aller à la pêche avec mon grand-père. J’avais également développé avec lui une passion pour les courses de chevaux. Est ce que les hippodromes resteraient ouverts avant la fin du monde? Je pourrais miser gros sans craindre les conséquences.

Cinq...quatre...trois...deux...un et hop l’humanité allait disparaitre. Ils annonçaient la comète pour le lundi 5 aout. Petit pied de poule m’avait dit que cela aurait lieu à 20h30 très précisément. Je me décidai à sortir.  Il était probable que la population allait devenir folle. Au kiosque à journaux, tous les quotidiens faisaient leur titre sur la comète. J’allumai une cigarette. Bientôt je ne pourrais plus profiter de ce plaisir là. A l’ombre d’un immeuble, un clochard hurlait des imprécations à destination des badauds.

- Vous allez payer pour vos crimes. Maudits!

Il s’agitait une bouteille à la main. Un groupe s’était attroupé devant sa silhouette grotesque. Les regards livides, les gens peinaient à réaliser la terrible nouvelle. Aucun n’avait prévu de mourir aussi rapidement.

Je rejoignis Petit pied de Poule au café Pacman. Le gérant était un indien au poids notable. Derrière son bar, il échangeait avec mon ami sur la fin du monde en cours. Petit pied de poule avait l’air remonté. Il avait une nouvelle théorie.

- On ne peut pas négliger que cette fin du monde pourrait être un complot du pouvoir.

- Mais dans quel but?

- Faciliter la venue des extraterrestres, par exemple.

- C’est difficilement imaginable.

Perplexe, je commandai une orangeade. Le ventilateur au plafond marchait à plein régime. Il faisait une chaleur étouffante. C’était une drôle d’histoire. Il était question d’une comète, de fin du monde et des extraterrestres. Petit pied de poule était décidément un drôle d’ami. Bientôt, nous ne pourrions plus profiter de ces conversations au Pacman.

Je rentrai à mon domicile. A l’automne, Lucy était parti. Les feuilles tombaient sur le gazon et moi je relisais sa lettre. Je me demandai ce qu’elle faisait maintenant qu’elle avait appris la  nouvelle. Nous étions restés ensemble cinq années. Elle aussi, allait disparaitre. Elle et le reste. Souvent je restai des heures à ne rien faire, simplement couché sur le canapé. Maintenant je réalisais que toutes ces heures ne reviendraient pas. Pour autant, je n’avais pas de projets incroyables avant la fin du monde. J’étais simplement un peu triste.  Lucy n’avait pas donné de nouvelles depuis des mois. Désormais il y avait la comète qui allait mettre un terme à notre histoire. Je regardai par la fenêtre. L’unique arbre du parc avait l’air rachitique dans la sécheresse de ce mois d’été. La fin du monde aurait lieu dans cet appartement . Je serais au spectacle seul et désemparé.   Petit pied de poule m’avait dit de profiter de la vie. Mais le quotidien me semblait terne depuis le départ de Lucy.

Le chat était installé sur la terrasse. Il était le seul ici à ne pas ressentir l’angoisse de la mort. A la télévision, les commentateurs semblaient résignés. Dans deux semaines, la comète s’abbatrait sur la terre et ce serait la fin de notre civilisation. Je songeai à la théorie de Petit Pied de poule au café Pacman. Et si cette histoire était un gigantesque complot?  Je n’arrivai pas à admettre notre fin prochaine. En centre ville des commerces avaient été devalisés. Partout on était à la limite de l’émeute. L’humanité n’était pas prête à disparaitre. Un milliardaire avait financé un vol spatial pour sauver lui et son entourage quelques temps. Mais la situation était catastrophique. Et je ne tenais pas en place.  Le mieux était encore de sortir.  Petit pied de poule était toujours installé au bar. Il avait l’air joyeux. Dans un coin du café Pacman, quelques joueurs encourageaient les  chevaux.

- Réjouissons nous, nous vivons un moment historique.

- La fin de l’humanité. Oui c’est notable.

- Si cette histoire est un complot orchestré par les états. Nous serons toujours vivant dans quelques semaines.

- Souhaitons que tu ne trompes pas.

Nous commandâmes un verre, incommodés par la chaleur. Un turfiste avait gagné. Il exultait dans le bar. Il ne réalisait pas qu’il ne profiterait pas longtemps de ses gains.  Les autres joueurs étaient content pour lui. Le patron servit une tournée. Petit pied de poule sortit son carnet où il notait ses réflexions. Nous étions à la veille de la fin du monde au café Pacman. Lucy n’avait pas donné de nouvelle. En lettres majuscules, Petit pied de Poule écrivit le mot: COMPLOT. A cet instant le premier vol en direction de Mars décolla de la base américaine.

L’économie marchait au ralenti. Une partie de la population avait cessé de travailler. A quoi bon s’acharner tandis que la fin du monde approchait?  Seul le café Pacman continuait à ouvrir comme si de rien n’était. Cela nous arrangeait plutôt, Petit pied de Poule et moi, ainsi que les joueurs qui pariaient sur les chevaux.
Certains refusaient simplement l’idée que la mort était proche. Ils préféraient profiter de la dernière semaine qui leur restait. A cause de la chaleur, nous ne pouvions pas nous installer en terrasse. Nous préférions nous installer au bar, sous le ventilateur. La plupart du temps, nous discutions avec le patron, des dernières informations ou simplement de notre vie.

- Tu n’as pas de nouvelle de Lucy?

- Non, je crains qu’elle m’ait définitivement oublié.

- Elle devrait te contacter prochainement.

- Ah tu crois? Elle était pourtant fâchée...

Secrètement, j’espérai que mon ami ait raison. Lucy m’en voulait de ne rien faire. Elle était partie agacée.

La partie de la population qui ne travaillait pas manifestait. Partout, dans les rues, on assistait à de grands cortèges contre la fin du monde. Le pouvoir en place se disait impuissant. Mais certains des grévistes étaient enragés si bien qu’on assistait dans le centre ville à des scènes d’émeutes. Au café Pacman on commentait la répression féroce des forces de l’ordre. Petit pied de poule était d’avis que nous étions sous un régime totalitaire.

- Le pouvoir tabasse son peuple!!! Cela ne fait aucun doute.

- Il y a un risque de guerre civile.

- Cela confirme que cette histoire est un complot. Le régime en place veut aller à l’affrontement!

La comète était désormais prévue pour dans une semaine. Le dernier vol habité était en direction de Mars. D’après les dernières nouvelles, ses occupants devaient construire là-bas une base capable d’accueillir la nouvelle civilisation. La fusée comptait une centaine de personnes à son bord. Peut être les seuls terriens qui survivraient au grand cataclysme. En attendant je buvais une orangeade en regardant les courses au café Pacman. Les instances hippiques n’avaient pas prévu de mettre un terme aux compétitions. Nous pouvions continuer à jouer tranquillement. Mon cheval préféré devait courir dans l’après-midi. Le Miracle avait gagné ces trois dernières courses et il passait un test aujourd’hui face aux meilleurs. J’envisageai de parier sur ses chances. Un miracle, c’est ce qu’il nous faudrait pour survivre à la comète.  C’était une drôle d’histoire. Il était question d’une comète, de fin du monde et de courses hippiques. Je regardai au dehors. La chaleur était toujours aussi accablante. Peut être que Lucy me contacterait dans la journée?

Cinq jours, et la comète s’abattrait sur la terre. Au café Pacman, Petit pied de poule devenait fou. Il élaborait des théories. Pour lui, l’invasion des extraterrestres était proche. Il ne croyait pas à cette histoire de comète. Le patron l’écoutait au bar.  La chaleur était accablante. Et l’atmosphère était électrique. Je commencai à ressentir l’angoisse de la mort. Lucy ne m’avait pas contacté. Mon seul compagnon dans l’appartement était le chat qui n’avait pas l’air de s’en faire. Le monde allait pourtant disparaitre. Il nous restait les courses hippiques. Le miracle avait triomphé dans la longue ligne droite de Longchamp. C’était le seul réconfort! Mais Petit pied de poule se moquait des courses. Il préférait noter dans son carnet ses réflexions.

- Cette histoire de comète apparait tout à coup. Tout cela défie l’entendement.

- Tu suggères quoi?

- Je pense à un vaste complot organisé par le pouvoir.

-Tu es sérieux?

- Tout à fait! Il y a lontemps que je pense que les extraterrestres vont envahir la terre. C’est plus qu’une  question d’heures maintenant.

Je regardai au dehors. Dans le ciel, au dessus du café Pacman, j’imaginai des vaisseaux alien pénétrés dans l’atmosphère. Et si mon ami avait raison? Cela retarderait la date de notre mort prochaine.

Lucy me contacta dans l’après midi. C’était quatre jours avant la fin du monde. Je lisais un magazine sur le réchauffement climatique, confortablement assis dans le canapé. J’avais perdu espoir de revoir mon ex-amie. J’attendais la fin prochaine et commencais à craindre la mort imminente. Le chat se reposait sur la terrasse lorsque le téléphone retentit. Lucy avait l’air contente de m’avoir. C’était comme si jamais nous nous étions quittés.

- Tu vas faire quoi les derniers jours sur terre?

- On pourrait se voir. Tu me manques.

- Oui, moi aussi, tu me manques.

- On peut se donner rendez-vous au café Pacman, dis-je.

J’arrivai sur place tôt le matin pour prendre un café. Petit pied de poule était déjà installé au bar. C’était une drôle d’histoire, mes amis et la comète, et bientôt la fin prochaine.  Il ne restait pas beaucoup de temps. Je voulais profiter des dernières heures auprès de mes camarades. Pendant ce temps là, les derniers hommes se dirigeaient en direction de  Mars.

Lucy était assise à une table dans le coin du café. Elle n’avait pas tellement changé. Je commandai une orangeade. Nous nous embrassèrent. La comète devait s’écraser dans trois jours. Lucy avait une mine triste.

- Je regrette que cela se termine comme cela.

- L’essentiel c’est que nous nous retrouvions.

- Il nous reste pourtant peu de temps.

- Petit pied de poule affirme que c’est un complot. Nous serons toujours vivant dans quelques jours.

- Petit pied de poule est fou.

- Oui, tu as peut être raison, dis-je.

Nous étions triste. La fin du monde se profilait et nous aurions voulu rester ensemble. A cet instant j’enviais ceux qui se dirigeaient vers Mars. Ils avaient au moins une chance de survivre.
Je parcourais les pages du journal du bar. Les manifestations étaient de plus en plus violentes. Pourtant les courses hippiques se déroulaient toujours comme si de rien n’était. Le Miracle avait été élu cheval de l’année. A la page des annonces, on pouvait lire des messages d’amour. C’est sans doute ce qui nous réunissait aujourd’hui, Lucy et moi, l’amour. Nous nous prîmes la main. Il nous restait maintenant trois jours.

Petit pied de poule écoutait sa radio en terrasse. Toutes les émissions parlaient de la fin du monde. Au café Pacman, les turfistes continuaient à encourager les chevaux. Lucy s’était installé chez moi et je buvais mon café au bar en discutant avec le patron. Cette vie là allait me manquer. Enfant, j’imaginai le futur. Le monde était peuplé d’hommes modernes qui se déplaçaient dans des voitures volantes.  Je n’avais pas imaginer la fin de notre civilisation. C’était pourtant ce qui devait arriver dans peu de temps. Petit pied de poule surgit dans le café Pacman, l’air excité.

- D’après Radio Aliens, on a aperçu une soucoupe volante au dessus de Mexico!

- Tu es sérieux?

- C’est exactement ce que je pensai. Toute cette opération est un complot organisé par le pouvoir.

- Tu crois que les extraterrestres vont débarquer sur terre?

- Parfaitement, cette soucoupe en est la preuve!

D’après Petit pied de poule, les gouvernements avaient inventé cette histoire de comète pour faciliter la venue des extraterrestres. C’était un gigantesque complot et seul Petit pied de poule était suffisament avisé pour ne pas tomber dans le panneau. Moi, j’étais perplexe. La chaleur était toujours aussi étouffante. Je commandai une orangeade et réflechissais aux théories de mon ami. Lucy pensait que Petit pied de poule était fou. Mais si cette histoire d’extraterrestres était exacte, nous serions toujours vivants  les jours prochains. Nous pourrions alors continuer à nous rendre au café Pacman.

Deux jours avant la fin du monde, Petit pied de poule écoutait sa radio en terrasse. On avait aperçu trois vaisseaux spatiaux à Lima, au Pérou. Mon ami exultait. Ses théories se confirmaient. Dans le journal du bar, un court article faisait référence à la soucoupe volante de Mexico. Mais le gouvernement ne communiquait pas sur ces nouveaux phénomènes. Les commentateurs préféraient rappeler que la comète s’écraserait le lundi 5 aout à 20h30. La plupart des gens restaient chez eux, près de leur proches, en attendant la fin du monde. Moi je lisais en compagnie de Lucy au café Pacman. Petit pied de poule était certain que nous serions toujours vivants dans deux jours mais sous une gouvernance extraterrestre.

- Il n’y aura pas de fin du monde. Simplement, les Aliens vont prendre le pouvoir, disait-il.

Lucy doutait de la santé mentale de mon ami. Nous nous étions rencontrés à l’université. Déjà à l’époque, Petit pied de poule passait pour un original. Il se déplaçait toujours accompagné de son parapluie, même par grand soleil. Il avait étudié la philosophie mais refusait de travailler quand bien même il aurait pu donner des cours. Pourtant Petit pied de poule était brillant et possèdait une solide érudition. Je lui faisais confiance pour résoudre cette histoire de fin du monde. Si les extraterrestres devaient prendre le pouvoir, nous aurions été parmi les premiers au courant. J’essayais d’imaginer quelle tête aurait nos visiteurs? Seraient-ils hostiles ou simplement éclairés? Comme mon ami, je refusais l’idée qu’une comète allait s’abattre sur la terre.  Mais, peut-être était-ce simplement le désir de survivre malgré l’évidence? Le gouvernement annoncait la fin de notre monde pour dans vingt-quatre heures et les médias relayaient allègrement ces informations. Petit pied de poule, Lucy et moi, avions décidé de nous donner rendez-vous au café Pacman pour le dernier jour sur terre. Le patron avait précisé qu’il resterait ouvert quoi qu’il arrive. Il nous restait maintenant une nuit pour réfléchir à la suite des évènement.

C’était le dernier jour sur terre. Nous étions tous les trois réunis au café Pacman. D’après Petit pied de poule, on avait aperçu une soucoupe volante à Moscou.  Les turfistes avaient cessé d’encourager les chevaux. La plupart des gens restaient chez eux à attendre l’arrivée de la comète. Le journal du bar faisait sa une sur “ la fin de la civilisation”. Tous les discours des commentateurs étaient très alarmistes et nous-mêmes étions  angoissés. L’écran de télévision projetait des images du monde entier. Dans certains pays, les habitants adressaient des prières à leur Dieu afin qu’il sauve leur âme. Les gouvernements appelaient au calme dans cette situation si particulière. Seul Petit pied de poule ne semblait pas affecter par la fin de notre monde. Il avait l’air curieusement remonter et sûr de son fait.

- Moscou, Mexico, ils commencent à faire leur apparition un peu partout. Cette histoire de comète est une farce.

- Tu as bien l’air sûr de toi.

- Je ne peux admettre que nous disparissions. Je ne suis pas le seul sur Terre à être au courant de l’invasion imminente de notre planète.

Petit pied de poule s’informait désormais uniquement sur Radio Aliens. Nombre d’auditeurs partageaient les théories de mon ami. Même Lucy commençait à se laisser convaincre par ses théories sur les extraterrestres. Dans le fond, aucun de nous n’avait envie de disparaitre et Petit pied de poule était un échappatoire à cette fin inéluctable. Nous commandâmes une orangeade. La chaleur devenait insupportable. Nous étions une heure avant la fin du monde. Je pris la main de Lucy. Une alarme retentit. Au dessus du café Pacman, le ciel se remplit de vaisseaux extraterrestres. Ahuris, nous regardions ce spectacle aux premières loges.  C’était le premier jour de l’invasion des forces galactiques. La fin du monde n’aurait pas lieu.
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