Vince Gilligan, “Breaking bad”

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Vince Gilligan, “Breaking bad”

Message par Kiusk le Ven 26 Déc - 14:29

On le savait depuis le premier épisode : l'histoire de Walter White finirait mal. Pour lui, pour ses proches, et pour ses ennemis, de plus en plus nombreux. Car même pour mettre sa famille à l'abri du besoin, un inoffensif prof de chimie atteint d'un cancer ne devient pas impunément un redoutable fabricant de méthamphétamine. Après quatre saisons éblouissantes, Breaking bad se devait de conclure brillamment son crescendo dramatique. Vince Gilligan, le créateur de la série, a su imaginer un épilogue intelligent et sobre à sa captivante tragédie. Alors que les ultimes épisodes sont diffusés cette semaine sur OCS City, le showrunner nous livre quelques préceptes qui l'ont conduit à un finale réussi.
Certaines séries ont trop duré. Elles ont cédé aux sirènes de l'Audimat, plié aux exigences des diffuseurs — Dexter, par exemple. Vince Gilligan, lui, a choisi la date de péremption de son oeuvre. Breaking bad n'a non seulement jamais lassé, mais elle disparaît à son apogée. Après d'âpres discussions avec son producteur, Sony, la chaîne de diffusion, AMC, et son acteur principal, Bryan Cranston, il a été convenu que la série s'achèverait à l'issue d'une saison 5 rallongée, diffusée en deux parties de huit épisodes chacune. « C'est un avantage considérable de savoir, seize épisodes en amont, quand la fin va survenir, souligne Gilligan. Il est souvent très difficile de boucler une oeuvre télévisuelle de façon satisfaisante. En général, on vous annonce qu'une série est annulée à la fin d'une saison, sans que vous ayez eu le temps d'écrire une vraie chute. »
Vince Gilligan, auteur génial mais modeste, avoue avoir eu des doutes et même des moments de panique. Breaking bad est à son image, tendue vers sa destinée mais ouverte à des hésitations bénéfiques. « Je n'ai senti qu'assez tardivement dans le processus créatif que les choses allaient bien, explique-t-il. J'ai abandonné plein d'idées, j'ai changé d'avis plusieurs fois au contact des scénaristes, des acteurs et des réalisateurs avec lesquels j'ai travaillé. Mais j'ai tenu bon, pendant plus de six ans, sur l'idée centrale de la série : prendre le gentil et le transformer en méchant. Les rebondissements, les détails et l'évolution des personnages secondaires peuvent être imaginés au fur et à mesure, mais il faut connaître sa destination finale, même si la route qui doit vous y mener prend des chemins de traverse. »
Faut-il imaginer une conclusion renversante, un retournement de situation, une surprise ? Penser la fin comme un événement à part peut mener dans le mur. Bouleversante tragédie humaine, Breaking bad n'est pas tombée dans ce travers. Elle s'est avant tout attachée à accompagner ses protagonistes au terme de leur cheminement intime. « Les personnages sont à la fois l'histoire, l'intrigue et la raison pour laquelle on suit une série, insiste Vince Gilligan. Je devais surtout être fidèle à Walter White, à ce qu'il était et à ce qu'il est devenu. Si vous laissez votre héros vous révéler son histoire au lieu de la lui dicter, alors vous avez peu de chances de vous tromper. » Un principe qu'il avoue n'avoir pas toujours respecté, modifiant parfois le destin d'un personnage secondaire pour mieux servir l'intrigue. Mais il est toujours retourné à ces questions : que veut le héros ? quel est le but de son existence ? qu'est-ce qui l'empêche d'atteindre ce but ? « Les plus beaux moments de la vie d'un scénariste, poursuit-il, c'est quand vous entendez dans votre tête la voix de votre personnage qui vous dit ce qu'il veut, et que vous écrivez sous sa dictée, comme un greffier au tribunal. »
Les séries au sommet de leur popularité sont souvent accaparées par leurs fans. Chacun imagine sa fin idéale, élabore des théories, commente et critique sur les réseaux sociaux. Vince Gilligan a tout fait pour se préserver du vacarme ambiant. « Je ne suis jamais allé fouiller sur Internet durant ces six années, assure-t-il. Ce n'est pas que je ne m'intéresse pas à ce que les fans ont à dire, mais j'avais peur de me laisser influencer. Certains imaginent si clairement une conclusion qu'ils ont la scène en tête. Rien de ce qu'on leur proposera ne pourra coller, analyse-t-il. Plutôt que de vouloir plaire au plus grand nombre, avec mes scénaristes, nous avons d'abord pensé à nous satisfaire nous-mêmes. En répondant à nos attentes, j'espère que nous avons répondu à celles de la majorité des fans de Breaking bad. »
Prendre un brave type, un loser touchant, et en faire un monstre. Le rendre attachant avant de s'appliquer, patiemment, à nous le faire détester. C'est le tour de force de Breaking bad, impressionnant retournement du parcours habituel du héros. « J'ai fini par réaliser qu'en tant que scénariste vous n'êtes pas obligé d'aimer votre héros, reconnaît Vince Gilligan. Ce qu'il faut, en revanche, c'est le comprendre, et donc comprendre pourquoi il agit de telle ou telle façon. Mon degré de sympathie pour Walt a varié d'une année sur l'autre, jusqu'à presque disparaître. » Presque. Car dans les ultimes instants de Breaking bad, Vince Gilligan offre à Walter White de déchirants adieux.
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