La fortune d'Harry

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La fortune d'Harry

Message par Kiusk le Dim 6 Mai - 2:05

Le logiciel du professeur fonctionnait parfaitement. Il deviendrait millionnaire dans quelques mois. Comment ce binoclard avait eu l’idée de mettre au point un tel système? L’ordinateur avait donné tous les gagnants des  courses de la veille. Harry rêvait déjà à des plages de sable fin. Il se paierait une villa au bord de mer pour riche homme d’affaires. Enfin, il se la coulerait douce. Le professeur avait du rentrer dans la machine tant de paramètres que cela dépassait Harry. Le système ne s’était pas trompé une seule fois. Il avait même donné un gagnant à 40/1. Harry comptait les billets verts. Tout cela était irréel. Harry avait arpenté les hippodromes tant d’années. Il se considérait comme un bon turfiste. Mais rien n’était à la hauteur de la machine. Statistiques des jockeys, état du terrain, vitesse du cheval, elle prenait tout en compte. Harry décrocha son téléphone:

“ Professeur, je voudrai acheter votre logiciel.
- Il n’est pas à vendre Harry. Je n’ai plus besoin d’argent.
- Il me faut cette machine!
- Je vous la donne Harry. Mais méfiez-vous, rien ne dit qu’elle fonctionne.
-J’ai vu ce qu’elle pouvait faire hier!
- Peut être était ce un coup de chance..
- Je n’y crois pas du tout.
- Passez dans l’après-midi. Je vous l’installerai sur votre ordinateur”

Le professeur était un chic type. Harry trouvait, enfin, la vie intéressante. Il avait été bien inspiré de discuter avec lui à l’hippodrome. A l’époque, le professeur n’y connaissait rien et lui demandait conseil. Il était professeur à l’université en physique fondamentale. Mais pour les courses, autant dire que c’était un débutant. Harry avait surtout l’impression qu’il s’ennuyait. Le professeur était célibataire, et passait l’ après-midi à regarder les chevaux. Prudent, il jouait des petites sommes. De temps en temps Harry lui donnait un cheval.

La maison du professeur était en périphérie. Il logeait dans un pavillon en meulière. Derrière l’édifice, se trouvait un petit jardin où le professeur cultivait des roses. Il reçut Harry dans le salon. Le professeur regardait les courses sur un grand écran.

“ J’étais justement entrain d’essayer la machine.
- Cela donne quoi?
- Le logiciel donne Zambezi Sun gagnant. Il est actuellement à 3/1.
- Je vais suivre la machine”

Harry prit le pari sur son téléphone. Le professeur avait l’air de bonne humeur.

“ Voyons voir si cela fonctionne toujours”

Zambezi Sun était un cheval massif, adepte du bon terrain. La machine n’avait pas pris de risque. Elle avait simplement donné le favori de la course. Zambezi Sun prit dès le départ, la tête et la corde. Harry avait misé 200 euros gagnant sur le cheval. Il avait confiance en la machine. A mi course, le favori avait trois longueurs d’avance sur ses poursuivants. Harry et le professeur se frottaient les mains.

“Je crois que cette machine va faire ma fortune!
- C’est bien possible Harry, mais il faudrait un nombre significatif de victoires.”

Zambezi Sun ne cessait de prendre des longueurs sur le peloton. Harry exultait.

“Professeur, vous êtes un génie!
- N’exagérons rien Harry, ce n’est qu’un peu de programmation.”

La  casaque du jockey se découpait sur le gazon de Longchamp. Zambezi Sun passa le poteau en tête avec 6 longueurs d’avance sur le second. Pour Harry, la démonstration était faite  que le professeur ne s’était pas trompé en programmant la machine.

“ Professeur, il me faut votre logiciel!
- Je vous l’installe Harry.”

Harry n’avait pas toujours eu la vie facile. Il avait notamment travaillé pendant des années sur des chantiers. Cela avait été dur physiquement. Il s’était intéressé aux courses sur le tard à l’âge de trente cinq ans. Cette passion soudaine, avait pris beaucoup de place dans sa vie. L’apparition de la machine était une bénédiction. Il allait enfin pouvoir réaliser ses projets. Harry buvait un café en terrasse. Il aimait son quartier même s’il enviait le professeur, confortablement installé dans son pavillon. C’était un endroit cosmopolite. Il avait le béguin pour la serveuse, une chinoise plutôt jolie. Celle-ci était toujours gentille avec Harry.

“ Marie, je t’invite au restaurant demain soir?
- Pourquoi pas, tu as gagné au loto?
- Tu ne crois pas si bien dire!
- Un homme riche, mon rêve!
-Je ne le suis pas encore, mais c’est pour bientôt…
- Toujours tes chevaux!”

Harry regarda le programme des courses pour la semaine. Il y avait une réunion à Longchamp pour le lendemain. Il suffisait de faire fonctionner la machine, et il irait à l’hippodrome avec une liste de gagnants. Harry se leva. Il était décidé à se coucher tôt. Le professeur avait donné un certain nombre de consignes pour le logiciel. Cela ne semblait pas trop compliqué. Arrivé chez lui, il alluma son ordinateur et attendit que le logiciel calcule. Au bout de cinq minutes, la machine lui avait donné tous les futurs gagnants. Harry sourit en pensant au professeur qui avait mis au point le système. Il avait eu de la chance de croiser le chemin d’un tel génie. Harry nota sur son bloc-note la liste de chevaux. Il se prépara un thé dans la cuisine. Dans le ciel bleu nuit se dessinait la lune blanche et ronde. Harry y vit un heureux présage. Il téléphona au professeur:

“ Professeur, le logiciel fonctionne!
- Attendez de toucher les gagnants pour le dire, Harry.
- Je fais confiance en la machine. Je vais demain à Longchamp.
- Je ne pourrai pas venir, Harry. Je suis à l’université.
- Dommage, professeur, cela risque d’être une belle journée!
- Je vous souhaite bonne chance Harry.”

Harry prenait son temps à la buvette de Longchamp. Pour une fois, il n’avait pas à faire le papier. Il avait la liste des futurs gagnants. Il faisait un temps idéal. Cela s’annonçait comme une belle réunion. Harry aperçut le vieux qui venait dans sa direction. Il avait toujours sa béquille mais paraissait de bonne humeur:

“ Comment tu vas Harry?
- Quel temps, Stan! Tu viens perdre ton argent à Longchamp!
- Aujourd’hui, je compte bien gagner Harry!
- Cela tombe bien, moi aussi!

Harry paya un verre au vieux. Ils discutèrent de leur quotidien. Malgré sa joie, Stan avait de gros problèmes de santé. Il avait même du mal à marcher. Harry réconforta le vieux et lui donna un gagnant dans la première. Stan remercia Harry et lui souhaita une bonne journée. Harry décida de s’installer tranquillement dans les tribunes. Il pouvait voir la pelouse briller au soleil. C’était décidément une belle journée. Harry faisait confiance en la machine. Il était décontracté. Dans la première course, le logiciel donnait encore un favori. Il était à 4/1. D’après Harry, le cheval avait l’air bien. C’était un bel alezan qui paraissait en pleine forme. Harry se dirigea vers un guichet et paria 200 euros gagnant sur le cheval. Enfin il regagna sa place. Si le professeur ne s’était pas trompé, Harry serait bientôt riche. Le vieux rejoignit Harry au bout  de quelques minutes.

“ Harry, j’ai parié sur ton cheval!
- Tu as bien fait Stan. Je crois qu’il va gagner.
- J’espère que tu as raison. J’ai  mis tout ce qui me restait!”

La course se déroulait sur 1600m. Harry était anxieux. A mi-course, le cheval était dernier. Harry espèrait que c’était un bon finisseur. La dernière ligne droite apparut. L’alezan se décala et fit le tour du peloton. Après une bonne accèlération, il vint prendre une tête sur le second. Encore une fois, la machine ne s’était pas trompée. Le vieux exultait:

“ Quel finish! Tu es un crack Harry. Tu ne m’as pas menti! Tu avais un tuyau?
- En quelque sorte Stan!”

Harry avait dans ses poches 800 euros. Il lui fallait une stratégie. Si la machine ne se trompait pas, il était raisonnable de rejouer la totalité sur la prochain gagnant. Il paya à nouveau un verre au vieux. Stan n’en revenait d’avoir gagné si facilement:

“ Tu vois quoi dans la prochaine, Harry?
- Je peux me tromper mais Marchand d’or me semble jouable”

Harry prenait un ton sûr de lui. Il n’avait jamais été aussi confiant depuis qu’il avait la machine. Si le logiciel ne donnait vraiment que des gagnants, il risquait de faire une grosse journée. Ils regagnèrent leurs places en tribune. Après tant d’années, il était toujours émerveillé par l’hippodrome. Il aimait les chevaux, les casaques des jockeys, l’odeur du gazon. Et il y avait une nouvelle donne. Il avait désormais la liste des gagnants. Marchand d’or était à 2/1. A priori , il n’y avait pas de quoi devenir riche mais s’il rejouait la totalité de ses gains, il pourrait faire un bon bénéfice. La course se courrait cette fois sur 1200m. Marchand d’or était un beau gris comme Harry les aimait. En moins d’une minute, le cheval l’emporta. Le vieux et Harry étaient heureux.

“ Quelle journée ! Tu es un vrai phénomène!
- Le journée n’est pas terminée Stan!
-Tu ne comptes pas quand même trouver tous les gagnants.
- Pourquoi pas Stan! Pourquoi pas!”

Harry n’en revenait pas. C’était comme un grand rêve peuplé de chevaux. La machine allait faire d’Harry un homme riche. Il peinait à réaliser ce qui lui arrivait. Le vieux continuait à jouer de petites sommes. Harry ne pouvait évidemment pas lui dire. Il ne l’aurait pas cru. Le troisième cheval de la liste était à 10/1, ce qui signifiait que s’il gagnait, Harry aurait bientôt 16000 euros. Harry rejoua la totalité de ses gains sur l’outsider. C’était une course difficile, un handicap. D’habitude Harry ne jouait jamais dans ses courses. Mais si la machine ne se trompait jamais, il n’y avait aucune raison de ne pas essayer. Le vieux joua le même cheval. Tous les deux étaient grisés par cette journée.

Harry compta ses billets. Il y avait plus de 16000 euros. La machine avait fonctionné. Il avait retiré tous ses gains en liquide. Le guichetier l’avait regardé comme un extra-terrestre. Stan était simplement content.

“ Quelle journée Harry!
- Oui, on peut dire que cela se passe bien!
- Tu vas nous dénicher un nouveau gagnant.
- Espérons Stan. Espérons.”

La machine se trompa à la quatrième course. Harry avait joué 1000 euros. Son cheval termina deuxième. Le logiciel pouvait donc disfonctionner. Harry n’arrivait pas à y croire. Tous ses projets semblaient réduit à néant. Harry avait l’habitude de perdre, mais avec la machine, il se pensait à l’abri.  Harry décida de jouer moins dans les courses suivantes. Invariablement, la machine donna le second de la course. Dans les dernières Harry joua placé. En tout il avait gagné 15000 euros. Il lui fallait joindre le professeur. Il y avait fordément une explication. Stan essayait de le consoler:

“ On ne peut pas gagner dans toutes les courses, Harry.
- Oui tu as raison . Je vais rentrer.
- Bonne soirée, Harry”

Sa foi en la machine se trouvait ébranlée. Il avait l’impression d’avoir pris un sacré coup derrière la tête. Ses jambes le portaient à peine.  La machine n’était donc pas infaillible. Il rentra tant bien que mal chez lui. Dans la soirée, il appela le professeur. Il n’était pas joignable. Harry ne tenait pas en place. Il décida d’aller boire un verre. Après tout, il avait quand même fait un joli bénéfice.
Marie était derrière le comptoir. A son arrivée, elle lui sourit.

“ Tu ne devais pas m’inviter au restaurant?
- Demain soir, cela te va?
- D’accord. Et ces chevaux?
- Je préfère ne pas en parler.
- Tu as beaucoup perdu?
- Non seulement mes certitudes.”

Le professeur s’occupait de ses roses dans le jardin. Dans les allées, des iris fleurissaient. Harry essayait de comprendre pourquoi la machine ne fonctionnait plus.

“ Tu as quand même fait 15000 euros de bénéfice, Harry.
- Je ne m’explique pas pourquoi la machine donne des seconds.
-Je vais tenter de redéfinir certains paramètres et j’installerai à nouveau le logiciel sur ton ordinateur. La machine est comme nous, elle peut se tromper parfois.
- D’accord, professeur, je repasserai demain.

Harrry espèrait que le professeur parvienne à réparer le logiciel. Sa réussite en dépendait. Il mettait les courses en parenthèse pour le moment. Il avait donné rendez vous à Marie dans la soirée. Cela faisait quelques mois qu’il ressentait de la tendresse pour la serveuse. Marie se montra intriguer par son histoire.

“ Et tu dis que le professeur a inventé une machine pour trouver les gagnants?
-Oui, j’ai gagné 15000 euros hier. Malheureusement le logiciel n’est pas tout à fait au point.
- Cela semble irréel…
- C’est pourtant vrai Marie. Le professeur est un génie.
- Si tu dis vrai, tu vas devenir riche.
- Seulement si le professeur parvient à réparer la machine.”

Ils passèrent une bonne soirée. Harry raccompagna Marie, puis rentra chez lui. Il avait un message du professeur sur le répondeur:

“ Harry, je crois que j’ai compris ce qui ne fonctionnait pas. Tu peux passer demain. J’effectuerai les derniers réglages sur ton logiciel”

Harry retrouvait foi en la machine. Cette fois, c’est sûr, il allait devenir riche. Il regrettait de s’être laissé aller au désespoir. Après tout, le professeur était un grand scientifique. Il regarda le programme. Il y avait une réunion dans deux jours. Le professeur effectuerai les réglages dans la journée. Ensuite, Harry pourrait retenter sa chance. Il inviterait Marie un week end au bord de mer. Harry n’avait pas toujours été chanceux, mais il sentait la roue tournée.

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